Chaque génération doit réinventer la démocratie. La démocratie n’est pas une forme de gouvernement inventée une fois pour toutes, mais un mode de vie que chaque génération doit découvrir et parvenir à comprendre en profondeur. Notre jeunesse porte l’avenir de notre démocratie; c’est pourquoi il est crucial qu’elle acquière une compréhension intuitive des idéaux fondamentaux que incarne la démocratie.
Une politique de jeunesse n’est pas un système isolé et indépendant. Elle fait partie intégrante des politiques générales qui font d’un pays une société de bien-être démocratique, progressiste et ouverte, basée sur une cohérence sociale et soucieuse d’offrir à chacun des chances égales en matière d’éducation, d’emploi et de sécurité sociale – posant ainsi les bases de la participation des jeunes à la société.
Bertel Haarder,
Ministre de l’Education et de la Jeunesse, Copenhague
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1. Faire preuve de créativité et revenir à une approche de long terme
On a parfois l’impression que l’Etat français ne se rend pas encore compte de la place que prend l’éducation dans le futur économique et démocratique de la nation. Malgré les milliards d’Euros alloués, les politiques manquent de créativité pour répondre aux enjeux de l’enseignement supérieur et du chômage des jeunes . Au delà des réformes organisationnelles engagées par l’Etat (autonomie des universités), les seules réponses fournies pour préparer l’avenir des jeunes sont des « coups politique » ponctuels et court termistes: « la création de 30 000 emplois jeune » ou « l’augmentation des aides pour l’année 2011 » ou « le déblocage exceptionnel de X millions d’Euro ».
Ces lois-pansements ne sont pas efficaces à long terme. Seules des réponses structurelles permettraient de répondre véritablement aux enjeux dont doit faire face la jeunesse française.
2. Le futur d’une nation se construit sur ses jeunes
L’enseignement supérieur reçoit chaque année près de 1,4 millions de jeunes. 1/3 d’entre eux travaillent à coté des cours et les 2/3 restant se consacrent uniquement à leurs études (Chiffres Insee de 2006). Au final, c’est près d’un million de jeunes chaque année qui s’assoient sur les bancs de l’enseignement supérieur et ne produisent aucune richesse économique.
Les droits d’inscription des étudiants aux universités ne correspondent qu’à 3 % du budget total des universités, le reste étant essentiellement alloué par l’État. Soit 31 milliards d’Euros en 2012. L’Etat fait donc un grand effort pour assurer l’avenir de ses jeunes. Et il est tout à fait légitime d’attendre la même implication de leur part. La France est faite de droits, mais aussi de devoirs.
Il s’agit donc d’aider les jeunes à devenir des citoyens actifs et démocratiques, en mesure de participer de façon constructive à l’évolution de leur société, en leur octroyant un pouvoir et une responsabilité réels eu égard aux questions qui les concernent. L’implication associative est un très bon moyen pour cela. Mais c’est un sujet vu et revu que je traiterai une autre fois. Ce que je souhaite mettre en avant aujourd’hui, c’est l’importance du job étudiant, et le double rôle qu’il joue, pour l’éducation des jeunes, mais aussi pour l’économie française.
3. Le job étudiant, une école de vie pour les jeunes
Le job étudiant est une école de vie pour les jeunes. C’est le moyen le plus efficace pour les engager personnellement et de façon constructive dans l’évolution de notre société.
RESPONSABILISER : Il est rare qu’un jeune fraîchement sorti du lycée soit confronté au monde du travail. Il s’apprête à rentrer dans l’enseignement supérieur et le monde de l’entreprise est un environnement qui lui est encore inconnu. Pousser les jeunes à faire un petit boulot à coté des études permet de les familiariser avec le monde du travail et ses codes, de les responsabiliser et de remettre au goût du jour l’adage français « le travail c’est la santé ».
SE DÉCOUVRIR : Au delà de sa fonction éducative, le job étudiant est aussi source de développement personnel. Un petit boulot est toujours accompagné de nouvelles rencontres, d’échanges et parfois de mixité sociale, ce qui me parait essentiel pour l’avenir pluri-culturel de notre pays.
S’ÉPANOUIR : Enfin, le job étudiant est une nouvelle source de revenus pour le jeune. Recevoir son propre argent, c’est aussi apprendre à le gérer. Il acquière ainsi un sens de l’autonomie. Mieux encore, cela leur permet de s’épanouir et de faire davantage de choses, comme sortir avec ses amis, aller au cinéma, visiter une exposition, partir en Weekend, etc.
Faire de l’étudiant un citoyen actif n’est pas le seul intérêt de la généralisation des jobs étudiants. C’est aussi une nouvelle source de croissance pour l’économie française.
4. Le job étudiant, une nouvelle source de croissance pour l’économie locale.
Certains secteurs économiques n’attirent pas les français à la recherche de travail et ont du mal à trouver de la main d’oeuvre (dans une certaine mesure). Ces offres d’emploi non pourvues sont un vrai manque à gagner pour l’économie française. Je pense notamment au secteur de la restauration dont les horaires de travail décalés et à temps partiel ne sont pas très attractifs. Et bien il s’avère que ces horaires sont idéals pour les étudiants!
Je vois là une situation « win-win » : les jeunes peuvent travailler à temps partiel, se faire un peu d’argent et « kiffer ». Les entreprises peuvent se tourner vers une main d’oeuvre dynamique, qui attirera peut être une nouvelle clientèle (les amis « du jeune » par exemple). Enfin, la localité pourra profiter d’un mini boom de croissance avec cette nouvelle catégorie de jeune disposant d’un pouvoir d’achat supplémentaire.
5. L’enjeu : donner envie aux entreprises de se tourner vers ces jeunes
Malgré cette combinaison, les entreprises et le monde de l’enseignement supérieur ne se sont pas encore rapprochés. Selon moi, cette distance fait référence au manque de confiance que les entreprises ont envers les jeunes. Ce mal être français est d’ailleurs reconnu de tous les étudiant qui ont déjà travaillés à l’étranger.
Ce manque de confiance se réfère aussi à quelque chose de plus profond: l’importance du statut. Les grilles de salaires, en fonction de l’école effectuée, existent encore en France. Alors même qu’on nous dit que l’expérience est devenu le premier critère de choix d’un jeune diplomé. Un étudiant d’HEC qui a eu son diplôme avec 10 de moyenne sans avoir rien foutu sera donc mieux payé qu’un étudiant qui a eu son diplôme à Nanterre avec 13 de moyenne (sachant qu’un 13 à l’université équivaut à un 16 dans une école de commerce). D’autant plus que pour l’étudiant d’HEC, l’année de césure fait parti du cursus. Ce qui n’est pas encore le cas dans l’enseignement supérieur public.
En familiarisant les jeunes dès le début de leurs études au monde du travail, les entreprises leur feront plus confiance je crois. Et peut être même que dans quelques dizaines d’années, la prédominance du statut attribué sur le statut acquis ne sera plus qu’un mauvais souvenir de la mentalité française (lire les théories de Cross-cultural Communication de Hofstede et les autres).
6. La solution : offrir un avantage économique justifiant l’embauche des jeunes sur certains secteurs
Pour les petites entreprises, qui sont directement concernées par cette main d’oeuvre à temps partiel (ou extra), le labyrinthe administratif pour l’embauche et la séparation d’un employé sont autant de freins. Le job étudiant, beaucoup plus flexible, ne devrait pas être soumis à un tel niveau de complexité. Simplifier la paperasse pour ce type d’emploi est essentiel si on souhaite rapprocher les jeunes et les entreprises.
Aussi, pour assurer une bonne généralisation du job étudiant, et pousser les entreprises à aller à la rencontre des jeunes, je propose que chaque contrat « job étudiant » soit exempté de charges patronales (ou de toute autre charge qui freine le développement de ces PMEs). Ce n’est pas une perte directe pour l’Etat puisque cela concerne des emplois qui ne sont pas pourvus ou qui le sont au « black ». Les critères pour être exempté d’impôts sont très simple en plus: il faut que l’employé soit un étudiant inscrit dans l’enseignement supérieur et dont l’age est compris entre 18 et 26 ans (il est obligatoire de limiter l’age pour éviter les abus)
J’entend déjà des voix se lever: - »les entreprises ne vont plus vouloir payer de charge et vont embaucher que des jeunes! » - »Les autres ils font comment? C’est dégueulasse! » etc. Restons concentré: nous parlons de jobs étudiants, c’est-à-dire des jobs à temps partiel qui n’intéressent pas vraiment les personnes à la recherche d’un emploi fixe. Aussi, les secteurs et les entreprises concernés par ces avantages fiscaux seront choisis par l’Etat avec l’ensemble des partenaires sociaux et des professionnels (on peut aussi prendre en compte la taille de l’entreprise), afin qu’une liste précise de secteurs et de métiers soit établie et que les abus soient évités.
5. Avant même que vous preniez la peine de critiquer mon approche
Cette proposition n’a aucune légitimité scientifique (pas plus que les 35 heures et les niches fiscales cela dit). Je sais que certaines personnes ne seront pas d’accord avec mon idée. Et vous aurez peut être raison. A vrai dire, cela m’est égal d’avoir tort ou raison. Ce qui m’importe c’est que les choses changent. Alors si cette proposition n’est pas totalement dénouée de sens, pourquoi ne pas l’essayer?
Votre contribution est la bienvenue! (les partisianistes politique seront censurés).